des lingots et des pieces d'or (Crédits: Unsplash - Zlaťáky.cz)
Banques centrales, investisseurs institutionnels et désormais particuliers : la ruée vers l'or continue de s'élargir. Mais pour Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet Asset Management, ce succès ne suffit pas à attribuer au métal jaune le statut de "valeur refuge" qu'on lui accorde traditionnellement.
"Les flux témoignent d'un engouement croissant pour l'or, avec de plus en plus d'investisseurs retail qui viennent s'ajouter à la demande institutionnelle", fait remarquer Christopher Dembik. Ainsi, les hedge funds, gestionnaires d'actifs et autres banques centrales sont maintenant rejoints par de nouveaux acheteurs, comme certains émetteurs de stablecoins, qui viennent alimenter la demande. En l'espace de trois ans, soit depuis septembre 2023, le prix de l'or a grimpé de quelque 133%, pour atteindre les 4 300 USD l'once ce matin. Fin janvier, le métal jaune s'était même brièvement rapproché des 5 600 USD l'once.
Selon le stratégiste, cette tendance est aussi alimentée par les achats via des ETF, qui témoignent de l'attrait des particuliers pour le métal jaune. Cette demande serait surtout nourrie par l'anticipation d'une possible crise, quelle qu'en soit la nature (énergétique, financière ou liée à un retour durable de l'inflation...).
Même si Pictet AM ne souscrit pas vraiment à ces craintes, force est de constater que "l'or est aujourd'hui l'un des actifs les plus recherchés", souligne l'analyste.
Cette quête de protection commence même à déborder vers l'argent, dont le cours a progressé de près de 190% ces trois dernières années. "Ce mouvement n'est pas totalement surprenant : l'or et l'argent restent corrélés dans l'évolution de leurs prix, avec généralement un certain retard du second sur le premier", précise l'expert en substance.
L'or, un investissement plutôt qu'une assurance
Bien que les investisseurs s'orientent généralement vers l'or pour se protéger, Christopher Dembik prévient : le métal jaune n'a rien d'une assurance tous risques. "Et en toute franchise, ce n'est pas une valeur refuge", martèle l'analyste. Selon lui, le métal jaune a d'ailleurs assez peu rempli ce rôle par le passé, et montre ses limites face à l'inflation. Autrement dit, la conviction favorable de Pictet AM sur l'or ne repose pas tant sur sa capacité à protéger un portefeuille en période de crise que sur les fondamentaux mêmes du marché : une lisibilité de l'offre et de la demande, conjuguée à '"une tendance haussière assez nette". Une dynamique qu'il assez dur de trouver sur d'autres actifs pour le moment... Ainsi, "à titre personnel, je pense qu'il faut aller sur l'or", assure le spécialiste.
Ni dollar ni crypto
Cette recherche de protection intervient en outre au moment où d'autres actifs traditionnellement associés au statut de valeur refuge convainquent moins le stratégiste.
C'est notamment le cas du dollar. Christopher Dembik observe une rupture depuis 2025 : auparavant, "lorsque vous aviez un VIX qui augmentait beaucoup aux Etats-Unis, le dollar augmentait dans la foulée". Cette mécanique ne fonctionnerait désormais plus. Pictet commence parallèlement à observer, avec prudence, "un moindre appétit" pour les bons du Trésor américain.
Quant aux cryptomonnaies ? Selon l'expert, leur comportement les rapproche davantage des actifs risqués. Pas question, alors, de parler de valeurs refuges, tranche-t-il, les qualifiant au contraire de "poche à risque", dont le momentum est d'ailleurs "un peu passé".
L'or occupe donc une position singulière dans l'allocation de Pictet AM : le gestionnaire conteste l'argument qui pousse une partie des investisseurs à l'acheter, mais partage finalement leur conclusion. Pas nécessairement parce que le métal jaune protégerait des crises, mais parce que la demande reste soutenue, l'offre contrainte et la tendance de prix favorable.
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